Récupérer l’eau de pluie : système, réglementation et usages autorisés
Cuve hors sol ou enterrée, volume à prévoir, usages permis dehors et dans la maison, déclaration en mairie, sécheresse et moustique tigre : les règles officielles.
Par Tom Calder · Mis à jour le 4 novembre 2026 · D’après Service-Public, Légifrance, les agences régionales de santé, Météo-France et VigiEau

- L’eau de pluie récupérée n’est pas potable : il est interdit de la boire, de cuisiner ou de faire la vaisselle avec, et de l’utiliser pour l’hygiène corporelle.
- Sans raccordement à la maison, un récupérateur sert dehors : arrosage du jardin et du potager, nettoyage des surfaces extérieures, lavage de la voiture à domicile, fontaines décoratives.
- Raccordée à la maison, l’eau de pluie peut aussi alimenter les WC, le lavage des sols et le lave-linge, avec un réseau séparé, des robinets verrouillables et une plaque « Eau non potable ». Il faut alors la déclarer en mairie.
- Les règles datent de 2024 : l’arrêté du 21 août 2008, encore souvent cité, est abrogé depuis le 1er septembre 2024.
- Pendant une sécheresse, c’est l’arrêté de votre préfet qui dit si l’eau de pluie échappe aux restrictions : certains départements la laissent libre, d’autres limitent les horaires.
Les textes en vigueur en 2026
Pendant seize ans, l’usage de l’eau de pluie dans les maisons a reposé sur l’arrêté du 21 août 2008. Ce texte est abrogé depuis le 1er septembre 2024, remplacé par l’arrêté du 12 juillet 2024 sur les eaux impropres à la consommation humaine utilisées pour des usages domestiques, publié le même jour que le décret n° 2024-796. Les règles figurent désormais dans le code de la santé publique, aux articles R. 1322-87 à R. 1322-113. Un arrêté du 29 juillet 2026, publié au Journal officiel le 14 août, ouvre à titre expérimental d’autres eaux (eaux grises, eaux de piscine collective, eaux d’osmose) et retouche l’arrêté de 2024 sur des points techniques : l’analyse de mise en service et les critères de qualité. Il ne change pas la liste des usages permis pour l’eau de pluie.
Dans ces textes, l’eau de pluie est l’eau des précipitations recueillie en aval de surfaces inaccessibles aux personnes, en pratique un toit. Service-Public la classe parmi les « eaux impropres à la consommation humaine », car elle peut contenir des pesticides, des métaux ou des fibres d’amiante venus de la toiture. L’arrêté de 2024 exclut l’eau recueillie sur une couverture en amiante ou en plomb : elle ne peut servir à aucun de ces usages.
Installer un récupérateur reste un choix : la réglementation ne l’impose pas aux particuliers. Vous pouvez le poser vous-même ou faire appel à un professionnel qualifié de votre choix.
Cuve hors sol ou cuve enterrée
Service-Public distingue deux sortes de récupérateurs. Le récupérateur « sans branchement » n’est pas relié aux canalisations de la maison : c’est la cuve posée au pied d’une descente de gouttière, qui sert dehors. Le récupérateur « avec branchement » est relié à un réseau intérieur séparé et permet certains usages dans la maison.
La cuve peut être hors sol ou enterrée. Selon Service-Public, la cuve enterrée offre en général une plus grande capacité de stockage ; la cuve hors sol est la plus simple à installer, près du toit ou des gouttières. Les récupérateurs se trouvent dans les magasins de bricolage.
L’arrêté de 2024 fixe des règles pour tous les réservoirs, y compris une simple cuve au pied d’une gouttière : ils sont couverts et non translucides, protégés contre les insectes et les petits animaux, avec des aérations munies d’une grille anti-moustiques aux mailles de 1 millimètre au plus. L’eau de pluie passe par un filtre de 1 millimètre au plus avant la cuve, et le trop-plein, protégé contre l’entrée d’insectes, doit pouvoir évacuer tout le débit qui arrive dans la cuve. L’accès au réservoir doit aussi être sécurisé contre le risque de noyade.
Calculer le volume que votre toit peut recueillir
Le calcul de départ est simple. Météo-France le rappelle : on mesure la pluie en millimètres, et 1 millimètre correspond à 1 litre d’eau par mètre carré. Multipliez donc la surface de toit qui alimente votre gouttière, en mètres carrés, par la hauteur de pluie de votre région, en millimètres : vous obtenez des litres.
Par exemple, un toit de 80 m² sous une pluie annuelle de 700 mm reçoit au plus 56 000 litres sur l’année, soit 56 m³. C’est un plafond théorique : la pluie ne tombe pas régulièrement, et une cuve pleine déborde par son trop-plein. Les hauteurs de pluie de la station la plus proche de chez vous figurent dans les fiches climatologiques de Météo-France.
Nous n’avons pas trouvé de règle officielle pour choisir la taille de la cuve. Le plus sensé est de partir de vos usages : une cuve sans branchement pour arroser un petit jardin n’a pas les mêmes besoins qu’un réseau qui alimente les WC toute l’année.
Les usages permis à l’extérieur
Avec un récupérateur sans branchement, Service-Public énumère les usages permis :
- l’alimentation des fontaines décoratives non destinées à la consommation humaine ;
- le nettoyage des surfaces extérieures ;
- le lavage des véhicules, lorsqu’il est réalisé à votre domicile ;
- l’arrosage des jardins potagers et des espaces verts de votre propriété.
Les usages permis à l’intérieur, et leurs conditions
Raccordée à un réseau intérieur, l’eau de pluie peut en plus servir au lavage du linge, au lavage des sols intérieurs et à l’évacuation des excréments, c’est-à-dire aux chasses d’eau des WC.
Ce réseau doit rester entièrement séparé de celui de l’eau potable, en permanence. Relier un récupérateur au réseau public d’eau potable est interdit. Les robinets d’eau de pluie doivent être clairement identifiés et verrouillables, ne s’ouvrir qu’avec un outil qui ne reste pas sur le robinet, et chaque point de puisage, comme chaque WC alimenté en eau de pluie, porte une plaque « Eau non potable » avec un pictogramme explicite. Un robinet d’eau de pluie ne peut pas se trouver dans une pièce qui a aussi un robinet d’eau potable, sauf dans une cave, un sous-sol ou une pièce annexe comme un garage.
Le lave-linge demande une démarche de plus. L’arrêté du 12 juillet 2024 soumet à déclaration auprès du préfet de département les systèmes alimentés par une eau brute du milieu naturel, dont l’eau de pluie, utilisés pour laver le linge, avec une eau de la meilleure classe de qualité (A+) et une analyse à la mise en service. Les agences régionales de santé publient le formulaire de déclaration, à remplir en ligne. Pour les WC et les sols, l’arrêté de 2024 ne prévoit aucune démarche auprès du préfet.
La déclaration en mairie
Si votre récupérateur est avec branchement, vous devez le déclarer en mairie. Service-Public indique ce que contient la déclaration : l’adresse de votre logement et une évaluation des volumes d’eau de pluie utilisés à l’intérieur. Elle se fait sur papier libre, ou sur le formulaire que proposent certaines mairies, auprès du service chargé de l’assainissement, sur place ou par courrier.
La raison est simple : l’eau de pluie utilisée dans la maison finit dans les eaux usées, comme l’eau du robinet. Un récupérateur sans branchement, qui sert seulement dehors, n’est pas concerné par cette déclaration.
S’il existe un risque de contamination du réseau public, un agent du service d’eau de votre commune peut contrôler l’installation ; le contrôle est à la charge du propriétaire. Si des défauts sont constatés et que le propriétaire refuse de les corriger, le branchement d’eau peut être fermé. Service-Public rappelle que la pollution de l’eau potable publique est punie de 3 ans de prison et de 45 000 € d’amende.
Une eau qui ne se boit pas
Service-Public est sans ambiguïté : il est interdit de consommer l’eau de pluie, de l’utiliser pour cuisiner ou laver la vaisselle, et de l’utiliser pour l’hygiène corporelle, douche et toilette comprises. Ces interdictions valent avec ou sans branchement.
Une cuve d’eau de pluie ne remplace donc pas la réserve d’eau à boire du kit d’urgence : le SGDSN recommande 6 litres d’eau potable par personne, en bouteilles. Notre guide stocker de l’eau chez soi explique comment la constituer. Et si l’eau du robinet est déclarée non potable dans votre commune, ce sont les consignes de l’agence régionale de santé qui s’appliquent, détaillées dans notre guide rendre l’eau potable.
Eau de pluie et restrictions sécheresse
Il n’existe pas de règle nationale unique : c’est l’arrêté sécheresse de votre préfet qui dit si l’eau de pluie récupérée échappe aux restrictions. Début novembre 2026, d’après VigiEau, l’arrêté de Saône-et-Loire, en vigueur jusqu’au 15 novembre, exclut des restrictions « l'arrosage avec de l'eau provenant de réserves d'eau de pluie captées sur des toitures et plates-formes imperméables ». Celui de l’Orne, en vigueur jusqu’au 5 novembre 2026, interdisait d’arroser les potagers de 8 h à 20 h, sauf avec une réserve déconnectée comme l’eau de pluie, interdite seulement de 10 h à 18 h.
Vérifiez donc la règle précise de votre département avant d’arroser en période de restriction. Notre page sécheresse reprend chaque matin, dans les mots des préfets, les règles de chaque département ; VigiEau donne celles de votre adresse. Pour la situation de cet automne, voir aussi notre article sécheresse : malgré les pluies d’octobre.
Service-Public, reprenant VigiEau, cite la réutilisation de l’eau de pluie pour arroser le jardin parmi les gestes qui économisent l’eau du réseau.
Entretien et moustique tigre
Le récupérateur doit rester en bon état pendant toute sa durée de vie. Service-Public demande un examen visuel chaque année, et un entretien régulier : vérifier la conformité du réseau, changer les filtres, manœuvrer les vannes et les robinets, vider et nettoyer la cuve. Un professionnel n’est pas obligatoire pour cet entretien. N’ajoutez jamais d’antigel dans la cuve : il dégrade la qualité de l’eau, et l’arrêté de 2024 l’interdit.
Une cuve d’eau stagnante peut favoriser la prolifération du moustique tigre, rappelle Service-Public, et certaines communes ou certains départements imposent par arrêté de couvrir les récupérateurs. L’agence régionale de santé d’Île-de-France conseille de couvrir les récupérateurs d’eau de pluie d’une moustiquaire hermétique et de nettoyer les gouttières. Elle renforce sa surveillance du 1er mai au 30 novembre, quand le moustique est le plus actif.
Certaines communes subventionnent l’achat d’un récupérateur, voire en distribuent gratuitement : renseignez-vous auprès de votre mairie avant d’acheter.
Pour arroser un jardin, une cuve hors sol au pied d’une gouttière suffit, couverte, opaque, avec un filtre et une grille de 1 mm au plus : pas de déclaration, pas de plomberie. Si votre toit est en amiante ou en plomb, son eau ne peut pas être utilisée. Un réseau qui alimente les WC ou le lave-linge est un autre projet, avec réseau séparé, déclaration en mairie, et déclaration au préfet pour le linge. Aucune cuve ne remplace l’eau en bouteilles du kit d’urgence.
Questions fréquentes
Peut-on boire l’eau de pluie récupérée ?
Non. Service-Public indique qu’il est interdit de la consommer, de cuisiner ou de laver la vaisselle avec, et de l’utiliser pour l’hygiène corporelle. Elle peut contenir des pesticides, des métaux ou des fibres d’amiante venus du toit.
Faut-il déclarer un récupérateur d’eau de pluie ?
Seulement s’il est raccordé à la maison (avec branchement) : la déclaration se fait en mairie, auprès du service de l’assainissement, avec l’adresse du logement et une évaluation des volumes utilisés à l’intérieur. Un lave-linge alimenté en eau de pluie demande en plus une déclaration au préfet. Une cuve qui sert seulement dehors n’a pas à être déclarée.
L’arrêté du 21 août 2008 s’applique-t-il encore ?
Non. Il est abrogé depuis le 1er septembre 2024 et remplacé par l’arrêté du 12 juillet 2024 et les articles R. 1322-87 à R. 1322-113 du code de la santé publique.
Combien de litres un toit peut-il récupérer ?
1 millimètre de pluie correspond à 1 litre par mètre carré, selon Météo-France. Un toit de 80 m² sous 700 mm de pluie par an reçoit au plus 56 000 litres sur l’année ; le volume réellement recueilli est plus faible.
Peut-on arroser avec l’eau de pluie pendant une sécheresse ?
Cela dépend de l’arrêté de votre préfet : certains départements laissent l’arrosage à l’eau de pluie libre, d’autres limitent les horaires. Vérifiez sur VigiEau ou sur notre page sécheresse.
Sources (11)
- Service-Public : récupération de l’eau de pluie (vérifié le 12 décembre 2025)
- Légifrance : arrêté du 21 août 2008 relatif à la récupération des eaux de pluie (abrogé le 1er septembre 2024)
- Légifrance : arrêté du 29 juillet 2026 modifiant l’arrêté du 12 juillet 2024 (JO du 14 août 2026)
- ARS Provence-Alpes-Côte d’Azur : usage domestique d’eaux impropres à la consommation humaine
- ARS Île-de-France : nouveaux usages domestiques des eaux impropres à la consommation humaine
- Météo-France : comment le changement climatique modifie les précipitations en France
- Météo-France : fiches climatologiques des stations
- ARS Île-de-France : lutte contre le moustique tigre, gestes de prévention
- VigiEau : restrictions d’eau en vigueur à votre adresse
- Service-Public : sécheresse, êtes-vous concerné par des restrictions d’eau ? (7 juillet 2026)
- SGDSN : guide « Tous responsables », version complète (PDF)
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