Pénurie alimentaire : ce que l’État a vraiment dit, et ce qu’il faut faire
Covid-19 en 2020, guerre en Ukraine en 2022, stratégie européenne de stockage : ce que les autorités ont dit sur l’approvisionnement, et une réserve de 72 h sans excès.
Par Tom Calder · Mis à jour le 30 octobre 2026 · D’après le ministère de l’Agriculture, le guide « Tous responsables » du SGDSN et la Commission européenne

- Aucune source officielle que nous avons lue n’annonce de pénurie alimentaire en France. En mars 2020, au début de la crise du Covid-19, puis en mars 2022, au début de la guerre en Ukraine, le ministère de l’Agriculture a affirmé le contraire.
- En mars 2020, au début de la crise du Covid-19, le ministre indiquait qu’il n’y avait « aucun risque de rupture » dans l’approvisionnement des magasins et invitait chacun à faire ses courses tous les deux ou trois jours.
- En mars 2022, dans le contexte de la guerre en Ukraine, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, réaffirmait qu’il n’y avait « pas de risque de pénurie en France ».
- Le guide « Tous responsables » de l’État cite, parmi les effets possibles d’une crise, des difficultés d’approvisionnement dans les grandes surfaces. Sa réponse : une réserve pour les 72 premières heures. Il ne fixe aucune durée plus longue.
- Cette réserve se constitue avec ce que vous mangez déjà, ajouté peu à peu aux courses habituelles. Inutile d’acheter des rations spéciales ou de vider les rayons.
Ce que dit le guide de l’État
Le guide « Tous responsables » du SGDSN, publié en novembre 2025, décrit ce qu’une crise peut changer au quotidien. Parmi ses effets possibles, il cite des difficultés pour conserver les aliments et se nourrir quand le réfrigérateur ne fonctionne plus, et des difficultés d’approvisionnement dans les grandes surfaces et les stations-service.
Il ne parle pas de famine, ni de pénurie durable. Il demande à chaque foyer de pouvoir tenir les 72 premières heures, souvent les plus difficiles, avec une nourriture non périssable qui se mange sans cuisson. Le guide le dit lui-même : « Avoir conscience de la réalité de la situation n’est pas céder à l’alarmisme. »
Mars 2020 : « aucun risque de rupture »
Le 18 mars 2020, au début de la crise du Covid-19, le ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, Didier Guillaume, remerciait les agriculteurs et l’industrie agroalimentaire, et indiquait qu’il n’y avait « aucun risque de rupture dans la chaine d’approvisionnement des magasins, les marchés alimentaires ou des halles ».
Le même communiqué demandait à chacun d’être « responsable et serein » dans ses achats, en faisant ses courses « tous les 2-3 jours » et en continuant à varier son alimentation avec des produits frais de saison. Autrement dit : inutile d’acheter en excès.
Mars 2022 : « pas de risque de pénurie en France »
Le 16 mars 2022, dans le contexte de la guerre en Ukraine, le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, déclarait : « il n’y a pas de risque de pénurie en France car notre agriculture et nos filières agroalimentaires sont fortes et souveraines ». Le ministère a repris ses mots dans sa présentation du volet agricole du plan de résilience, publiée le 1er avril 2022.
Le ministère ne niait pas les difficultés : la hausse des prix de l’énergie et des engrais, dont certains étaient importés de Russie ou de Biélorussie, et celle des cours mondiaux des céréales, dont l’Ukraine et la Russie assuraient alors 30 % des exportations mondiales. Il précisait aussi que la France était indépendante et exportatrice de céréales. Une hausse des prix ou un produit manquant en rayon n’est pas une pénurie alimentaire.
La souveraineté alimentaire, ce que l’État entend par là
La loi définit désormais la souveraineté alimentaire comme le maintien et le développement des capacités du pays à produire, transformer et distribuer les produits nécessaires à une alimentation saine pour toute la population. Le ministère de l’Agriculture précise que ce n’est pas l’autarcie : la France importe certaines denrées, et être souverain, c’est maîtriser ces dépendances.
Pour mesurer cette indépendance, le ministère utilise le taux d’auto-approvisionnement : la production nationale d’un produit rapportée à sa consommation dans le pays. Au-delà de 100 %, on parle d’autosuffisance.
Ce que prévoit l’Union européenne
Le 26 mars 2025, la Commission européenne a présenté sa stratégie pour une Union de la préparation. Elle prévoit d’élaborer des lignes directrices pour que la population puisse tenir au moins 72 heures en autonomie en cas d’urgence, et d’aider les citoyens à préparer un plan d’urgence familial et des réserves de fournitures essentielles.
En juillet 2025, la Commission a présenté une stratégie de stockage pour sécuriser les biens essentiels, dont les denrées alimentaires, l’eau, le carburant et les médicaments, avec un réseau de stockage partagé avec les États membres. Ces stocks-là relèvent des États et de l’Union ; pour les ménages, la référence reste une réserve d’au moins 72 heures.
Que faire concrètement : une réserve de 72 heures, sans excès
Le guide de l’État ne fixe aucune durée au-delà de 72 heures, et il ne donne pas de quantité de nourriture. Ce qu’il demande est simple :
- De l’eau potable en bouteilles : 6 litres par personne.
- De la nourriture non périssable qui se mange sans cuisson : conserves, petits pots, salade de fruits, confiture.
- Pour les bébés, du lait infantile 1er âge liquide prêt à l’emploi ; pour les animaux, leur nourriture.
- Un ouvre-boîte, et un réchaud si vous voulez réchauffer un plat, en respectant le mode d’emploi du fabricant : jamais pour se chauffer, rappellent les agences régionales de santé.
- Vérifier le kit deux fois par an : dates de péremption des denrées et des médicaments, et piles à remplacer.
Constituer la réserve sans vider les rayons
Achetez ce que votre foyer mange déjà, quelques boîtes à la fois, en plus des courses habituelles. Rien ne sert d’acheter des rations de survie ni de remplir un placard en un week-end. Mangez les produits les plus anciens au fil des mois et remplacez-les au fur et à mesure. Nos guides réserves d’eau et de nourriture et combien de nourriture stocker détaillent les quantités et la rotation.
Pour les dates, une boîte de conserve porte une date de durabilité minimale, « à consommer de préférence avant » : une fois dépassée, l’aliment ne présente pas de danger selon le ministère de l’Agriculture, mais il peut perdre en goût. Une boîte gonflée, ou dont les sertis sont cabossés ou rouillés, se jette, rappelle Santé.fr. Les produits frais, eux, portent une date limite de consommation, « à consommer jusqu’au », qu’il faut respecter.
Pour stocker l’eau, des packs de bouteilles suffisent ; si vous préférez des bidons, notre comparatif des jerricans et bidons dit à quoi ils servent, et à quoi ils ne servent pas.
Si des rayons se vident près de chez vous
En 2020, l’État demandait de faire ses courses tous les deux ou trois jours, de façon responsable et sereine. C’est encore la meilleure attitude : acheter ce dont on a besoin laisse des produits pour les autres. Si vous avez une réserve de 72 heures, vous n’avez pas à vous précipiter.
Informez-vous auprès des sources officielles, préfecture et ministères, relayées par la radio et la télévision, plutôt que sur des messages qui circulent sans source.
En mars 2020 comme en mars 2022, le ministère de l’Agriculture a écarté tout risque de rupture ou de pénurie en France. Ce que l’État demande aux foyers, c’est une réserve pour 72 heures, constituée avec ce qu’ils mangent déjà, sans stock excessif.
Questions fréquentes
Y a-t-il un risque de pénurie alimentaire en France ?
Aucune source officielle que nous avons lue n’en annonce. En mars 2020 comme en mars 2022, le ministère de l’Agriculture a affirmé l’inverse. Le guide de l’État envisage seulement des difficultés d’approvisionnement dans les grandes surfaces pendant une crise.
Faut-il faire des stocks de nourriture ?
Une réserve pour les 72 premières heures d’une crise, oui, comme le demande le guide « Tous responsables ». Aucun texte officiel que nous avons lu ne fixe une durée plus longue pour les ménages.
Que dit l’Union européenne sur les 72 heures ?
La stratégie présentée par la Commission le 26 mars 2025 prévoit des lignes directrices pour que la population puisse tenir au moins 72 heures en autonomie en cas d’urgence. La stratégie de stockage de juillet 2025, elle, vise à coordonner les stocks des États membres et de l’Union.
Faut-il acheter des rations de survie ?
Non. Le guide de l’État cite des conserves, des petits pots, de la salade de fruits ou de la confiture : des produits du quotidien. Achetez ce que votre foyer mange déjà.
Une conserve dont la date est dépassée est-elle dangereuse ?
Pas selon le ministère de l’Agriculture : la date d’une conserve est une date de durabilité minimale, et une fois dépassée, l’aliment ne présente pas de danger, même s’il peut perdre en goût. En revanche, une boîte gonflée, ou dont les sertis sont cabossés ou rouillés, se jette, rappelle Santé.fr.
Sources (11)
- SGDSN : guide « Tous responsables », version complète (PDF)
- SGDSN : guide « Tous responsables »
- Ministère de l’Agriculture : communiqué du 18 mars 2020 (PDF)
- Ministère de l’Agriculture : intervention du ministre sur le plan de résilience (16 mars 2022)
- Ministère de l’Agriculture : le volet agricole et agroalimentaire du plan de résilience (1er avril 2022)
- Ministère de l’Agriculture : souveraineté alimentaire, une définition
- Ministère de l’Agriculture : DLC et DDM, quelle différence ?
- Santé.fr : conserves maison, comment éviter le botulisme
- Commission européenne : la préparation aux crises
- Commission européenne : questions et réponses sur l’Union de la préparation (26 mars 2025, PDF)
- Commission européenne : stratégies de stockage et de contre-mesures médicales (juillet 2025)
Un e-mail calme, seulement quand c’est utile
Listes de saison et baisses de prix sur le matériel. Pas de spam, désinscription en un clic.
À lire aussi
Réserves d’eau et de nourriture : quoi stocker chez soi, selon l’ÉtatCe que le guide de l’État demande vraiment de stocker, et ce qu’il ne dit pas : eau en bouteilles, nourriture …
Combien de nourriture stocker chez soi : de quoi tenir 72 heures, sans excèsLe SGDSN ne fixe aucune quantité de nourriture : son kit vise les 72 premières heures. Comment compter les rep…
Kit d’urgence 72 h : la liste officielle, expliquée rubrique par rubriqueLa liste du kit d’urgence du guide « Tous responsables » (SGDSN), expliquée : eau, nourriture, lumière, papier…
Pénurie de carburant : que faire, où trouver une station et comment s’organiserTrouver une station qui a encore du carburant, comprendre les ruptures déclarées, les mesures que peut prendre…