Accident nucléaire : comprimés d’iode, zone PPI et bons réflexes
Mise à l’abri, comprimés d’iode sur consigne du préfet, doses selon l’âge, zone PPI de 20 km : ce que disent l’ASNR et Géorisques en cas d’accident nucléaire.
Par Tom Calder · Mis à jour le 30 octobre 2026 · D’après l’ASNR, Géorisques, Santé.fr et le SGDSN

- En cas d’accident nucléaire, le premier réflexe demandé par les autorités est la mise à l’abri : entrer dans un bâtiment en dur, fermer portes et fenêtres, couper la ventilation, puis écouter les consignes.
- Les comprimés d’iode protègent la thyroïde contre l’iode radioactif. Ils se prennent uniquement quand le préfet en donne la consigne, et à ce moment-là sans attendre.
- Pour les comprimés dosés à 65 mg : 2 comprimés dès 12 ans, femmes enceintes comprises, 1 de 3 à 12 ans, un demi de 1 mois à 3 ans, un quart jusqu’à 30 jours.
- Autour de chaque centrale, un plan particulier d’intervention (PPI) organise l’alerte et la protection de la population. Son rayon est passé de 10 à 20 km en 2019.
- Vous n’avez rien à acheter : dans les communes concernées, les comprimés sont remis gratuitement en pharmacie, et de quoi tenir quelques heures à l’abri se trouve déjà dans la plupart des maisons.
Ce que disent les autorités du risque nucléaire
Géorisques, le site de l’État sur les risques, rappelle qu’un accident nucléaire peut exposer la population et l’environnement à la radioactivité jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres du lieu de l’accident. Les réacteurs électronucléaires français sont tous situés en métropole, et d’autres installations nucléaires, civiles et militaires, s’y ajoutent.
Si un événement risquait d’avoir des conséquences hors du site, c’est le préfet qui prendrait la direction des opérations, explique l’ASNR, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection. Les mesures de protection prévues sont connues à l’avance : la mise à l’abri, la prise de comprimés d’iode et l’évacuation, auxquelles peuvent s’ajouter des interdictions de consommer certains aliments. Ce guide les reprend une par une, d’après ce qu’en disent l’ASNR, Géorisques et Santé.fr.
La zone PPI : 20 km autour des centrales
Chaque centrale nucléaire a son plan particulier d’intervention (PPI). C’est un dispositif défini par l’État pour protéger les personnes, les biens et l’environnement : il fixe à l’avance les actions de protection et les moyens de secours à mettre en œuvre en cas d’accident, dans le cadre du dispositif ORSEC départemental.
En 2019, le rayon des PPI autour des centrales est passé de 10 à 20 km. Selon l’ASNR, cette extension concerne 2,2 millions de personnes réparties sur 1 063 communes, et elle n’est pas liée à une hausse du risque : elle permet d’améliorer l’information et la protection des personnes. Pour savoir si votre adresse est concernée, renseignez-la dans « Connaître les risques près de chez moi » sur Géorisques. Votre mairie tient aussi à disposition les brochures de la préfecture et de l’exploitant, qui présentent les signaux d’alerte et la conduite à tenir.
Le premier réflexe : se mettre à l’abri
La mise à l’abri est la mesure qui s’applique tout de suite, en particulier si l’accident évolue vite. D’après l’ASNR, les murs d’un bâtiment en dur atténuent l’effet des rayonnements, et rester dans une pièce close et peu ventilée limite la contamination par les particules et les gaz. Voici, en résumé, les consignes de Géorisques :
- Se mettre à l’abri dans un bâtiment en dur, fermer portes et fenêtres, couper la ventilation.
- Si l’on est en voiture, en sortir et gagner un bâtiment le plus vite possible : un véhicule n’est pas une bonne protection.
- Ne pas aller chercher ses enfants : ils sont pris en charge par les équipes pédagogiques ou les secours.
- Ne pas toucher aux objets restés dehors, notamment les véhicules ; s’il pleut, laisser dehors tout ce qui a pu être mouillé par la pluie.
- Éviter de téléphoner, pour laisser les réseaux disponibles pour les secours.
- Rester à l’écoute des consignes, notamment sur la prise d’iode, et n’évacuer son domicile que sur ordre des autorités.
Les comprimés d’iode : à quoi ils servent
Respiré ou avalé, l’iode radioactif se fixe sur la thyroïde et augmente le risque de cancer de cette glande, surtout chez les enfants. L’iode stable des comprimés, de l’iodure de potassium, sature la thyroïde, qui ne peut alors plus fixer l’iode radioactif. Les comprimés ne remplacent ni la mise à l’abri ni les autres mesures : l’ASNR et Santé.fr associent la prise d’iode à la mise à l’abri et aux autres mesures de protection.
Les comprimés peuvent être pris par tous. L’ASNR les recommande en particulier aux personnes dont la thyroïde est la plus sensible : femmes enceintes (pour protéger le fœtus), bébés, enfants et jeunes. Si vous avez une maladie de la thyroïde, passée ou en cours, ou une hypersensibilité connue à l’iode, l’ASNR conseille d’en parler à votre médecin traitant dès maintenant, sans attendre une alerte.
Quand et comment les prendre
La règle de l’ASNR est nette : les comprimés se prennent immédiatement quand le préfet en donne la consigne, et uniquement à ce moment-là. Toute nouvelle prise se fait seulement sur instruction des autorités. Pour être efficace, l’iode doit être avalé idéalement dans les quelques heures qui précèdent le passage des rejets, et au plus tard dans les 8 heures qui suivent : c’est le préfet qui choisit le moment. Ne les prenez donc pas de vous-même « au cas où ». Géorisques précise aussi que la consigne vaut sauf contre-indication médicale.
Les comprimés s’avalent ou se dissolvent dans une boisson (eau, lait, jus de fruit). Ils sont sécables en quatre, pour un dosage adapté à chaque âge. Voici la posologie de l’ASNR pour les comprimés d’iodure de potassium dosés à 65 mg :
- À partir de 12 ans et adultes, femmes enceintes comprises : 2 comprimés
- Enfants de 3 à 12 ans : 1 comprimé
- Bébés de 1 mois à 3 ans : un demi-comprimé
- Nouveau-nés jusqu’à 30 jours : un quart de comprimé
Où trouver les comprimés, gratuitement
La dernière campagne de distribution a été lancée le 15 septembre 2024. Elle s’adresse aux habitants des communes situées à moins de 10 km d’une centrale nucléaire, et de 500 m à 5 km autour d’autres installations nucléaires civiles ou militaires. Les comprimés sont remis gratuitement dans les pharmacies participantes, sans justificatif, et ceux distribués depuis 2024 sont valables 10 ans. Si vous avez des comprimés périmés, rapportez-les en pharmacie.
Le rayon du PPI, lui, va jusqu’à 20 km depuis 2019 : pour savoir si votre commune est concernée par la distribution et où retirer vos comprimés, consultez Géorisques ou demandez à votre mairie. Si vous n’avez pas de comprimés au moment d’un accident, une distribution d’urgence est organisée dans des lieux collectifs fixés par le préfet, et l’État dispose de stocks pour protéger les personnes qui se trouvent hors des périmètres définis.
Rangez la boîte dans un endroit facile d’accès, dans son emballage d’origine, au sec, hors de portée des enfants et à 25 °C au plus. Le plus simple est de la garder avec votre kit d’urgence : vous saurez où elle est le jour où la consigne tombera.
Si l’évacuation est décidée
L’évacuation sert à éloigner la population quand les rejets risquent d’être importants et longs, si possible avant qu’ils ne commencent. Elle n’est décidée que par les autorités : jusque-là, restez à l’abri. Si l’ordre est donné, suivez les itinéraires et rejoignez les lieux d’accueil qui vous seront indiqués. Notre guide Évacuation : que faire détaille chaque étape, et la liste du sac d’urgence ce qu’il faut emporter.
Les autorités peuvent aussi interdire de produire et de consommer certaines denrées, comme l’eau, le lait ou les produits frais, pour éviter une contamination. Suivez ces consignes tant qu’elles sont en vigueur. L’eau en bouteilles du kit d’urgence, 6 litres par personne selon le SGDSN, sert justement dans ce cas.
Ce qui se prépare dès aujourd’hui
Si vous habitez près d’une installation nucléaire, trois gestes suffisent, et aucun ne coûte rien : vérifier sur Géorisques si votre adresse est concernée, retirer vos comprimés en pharmacie si votre commune fait partie de la campagne, et demander à la mairie la brochure qui présente les signaux d’alerte et la conduite à tenir. Géorisques conseille aussi de préparer un kit d’urgence 72 heures.
Pour rester quelques heures à l’abri, il faut peu de chose : de l’eau, de quoi manger sans cuisson, vos médicaments, une lampe et une radio à piles. Notre liste du kit 72 h reprend celle du SGDSN ; vous avez sans doute déjà l’essentiel chez vous.
Les numéros utiles
Pendant une alerte, ne téléphonez qu’en cas d’urgence, pour laisser les réseaux aux secours. Le 112 est le numéro d’urgence européen, gratuit partout dans l’Union européenne. Le 15 est le SAMU, le 18 les pompiers, le 17 police secours, et le 114 le numéro d’urgence par SMS pour les personnes sourdes ou malentendantes. Pour les consignes, fiez-vous uniquement aux canaux officiels : la radio, la télévision, FR-Alert, la préfecture et la mairie.
Ne prenez pas de comprimés d’iode de vous-même. L’ASNR le dit clairement : on les prend immédiatement quand le préfet en donne la consigne, et uniquement à ce moment-là. En attendant, le bon réflexe est la mise à l’abri dans un bâtiment en dur, portes et fenêtres fermées, ventilation coupée.
Questions fréquentes
Faut-il prendre un comprimé d’iode dès que la sirène retentit ?
Non. La sirène appelle à se mettre à l’abri et à écouter les consignes. Les comprimés se prennent uniquement quand le préfet en donne la consigne, relayée par la radio, la télévision, FR-Alert ou les haut-parleurs des secours.
Les comprimés d’iode protègent-ils de toute la radioactivité ?
Non. Les comprimés servent à protéger la thyroïde contre l’iode radioactif. Contre les rayonnements et la contamination par les particules et les gaz, la protection prévue est la mise à l’abri dans un bâtiment en dur, puis, si les autorités le décident, l’évacuation.
Où trouver des comprimés d’iode, et faut-il les payer ?
Si votre commune fait partie de la campagne de distribution, les pharmacies participantes les remettent gratuitement, sans justificatif. En cas d’accident, le préfet organise aussi une distribution d’urgence dans des lieux collectifs. Vous n’avez donc rien à acheter.
Je suis enceinte : puis-je prendre les comprimés ?
Oui. La posologie de l’ASNR prévoit 2 comprimés pour les adultes, femmes enceintes comprises, et les femmes enceintes font partie des personnes à qui ils sont particulièrement recommandés, pour protéger le fœtus. Comme pour tout le monde, la prise se fait uniquement sur consigne du préfet.
Mon enfant est à l’école pendant l’alerte : dois-je aller le chercher ?
Non. Géorisques demande de ne pas aller chercher ses enfants : ils sont pris en charge par les équipes pédagogiques ou les secours. Restez à l’abri et suivez les consignes.
Sources (8)
- ASNR : la distribution d’iode (posologie, conservation, mise à l’abri)
- ASNR : questions-réponses sur les comprimés d’iode stable
- ASNR : extension des plans particuliers d’intervention autour des centrales
- Santé.fr : campagne de distribution d’iode
- Géorisques : que faire en cas d’accident nucléaire
- Géorisques : le risque d’accident nucléaire
- Service-public.gouv.fr : FR-Alert, le système d’alerte sur les téléphones
- SGDSN : guide « Tous responsables », version complète (PDF)
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Comment l’alerte est donnée
L’alerte peut passer par la sirène. Le SGDSN décrit le signal : trois séquences d’une minute et 41 secondes, séparées par un silence de 5 secondes. La fin de l’alerte est annoncée par un signal continu de 30 secondes. Les sirènes sont testées le premier mercredi de chaque mois.
Le préfet utilise aussi la télévision, la radio et les véhicules à haut-parleurs des pompiers et des gendarmes. L’ASNR invite à suivre les informations des radios et de la télévision publiques, et cite notamment France Info et France Télévisions. FR-Alert peut enfin envoyer une notification à tous les téléphones présents dans la zone, même en mode silencieux et sans rien installer ; elle n’apparaît pas sur un téléphone éteint ou en mode avion.
Si le courant est coupé, une radio à piles permet de suivre les consignes : notre comparatif des radios d’urgence compare des postes à piles et à manivelle, mais un poste qui marche déjà, avec des piles neuves, fait très bien l’affaire.