PreparedFrance
Guide · Crises

La France se prépare-t-elle à la guerre ? Ce que disent les textes officiels

Guide « Tous responsables », Revue nationale stratégique, Vigipirate, service national : ce que disent vraiment les textes officiels, avec leurs dates.

Par Tom Calder · Mis à jour le 30 octobre 2026 · D’après le SGDSN, le ministère des Armées, les préfectures et Service-Public.fr

Un couple lit une brochure d’information à la terrasse d’un café
L’essentiel
  • Le guide « Tous responsables », publié par le SGDSN le 20 novembre 2025, prépare à toutes les crises majeures, « quelle qu’en soit l’origine » : tempêtes, inondations, cyberattaques, crises sanitaires, et aussi conflits armés.
  • La Revue nationale stratégique du 14 juillet 2025 juge « particulièrement élevé » le risque d’une guerre majeure en Europe, hors du territoire national, à l’horizon 2030. Elle précise qu’une guerre conventionnelle majeure sur le territoire hexagonal n’est « pas considérée comme crédible ».
  • Sur notre sol, les textes anticipent des actions dites hybrides, « des opérations non militaires visant à déstabiliser notre société », dont la manipulation de l’information. Leurs effets possibles (coupures, réseaux en panne, approvisionnement difficile) appellent les mêmes gestes qu’une tempête ou une longue coupure de courant.
  • Vigipirate est un plan contre le terrorisme, pas un plan de guerre. Depuis le 22 juin 2026, tout le territoire est au niveau « vigilance renforcée », le niveau intermédiaire du nouveau plan.
  • Le service national annoncé fin 2025 est volontaire. Et vous n’avez rien de particulier à acheter : le SGDSN demande le même kit de 72 h pour toutes les crises.
Ce que l’État demande vraiment : le kit 72 h, à la taille de votre foyerComposer mon kit →

Ce qui a été publié, et quand

La réponse tient d’abord dans quelques textes officiels, qu’il vaut mieux lire que résumer par ouï-dire. Dans l’ordre : la Revue nationale stratégique, parue le 14 juillet 2025 ; le guide « Tous responsables », publié le 20 novembre 2025 par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), un service du Premier ministre ; l’annonce d’un service national volontaire, le 27 novembre 2025 ; enfin un plan Vigipirate remanié, en vigueur depuis le 22 juin 2026.

Ces textes n’ont pas le même objet. La Revue nationale stratégique fixe les orientations de défense du pays jusqu’en 2030. Le guide s’adresse aux particuliers et leur explique comment se préparer à une crise. Vigipirate organise la lutte contre le terrorisme. Le service national est une proposition d’engagement faite aux jeunes volontaires. Les mélanger produit souvent des raccourcis que les textes eux-mêmes ne font pas.

Le guide « Tous responsables » : toutes les crises, pas seulement la guerre

Le guide a été publié dans la continuité de la 4e Journée nationale de la résilience. Le Gouvernement le présente ainsi : « Tempêtes, inondations, cyberattaques, crises sanitaires ou encore conflits armés : notre société est confrontée à une multiplication des menaces. » Le guide lui-même dit vouloir aider à faire face à une crise majeure, « quelle qu’en soit l’origine ». Il s’adresse à tous les Français et se divise en trois parties : bien préparés, bien protégés, tous engagés.

Une page traite directement des forces armées. Le SGDSN y écrit que, « dans le contexte actuel de dégradation de notre environnement stratégique, la perspective de l’engagement des forces armées n’est plus à exclure ». Il ajoute aussitôt qu’« avoir conscience de la réalité de la situation n’est pas céder à l’alarmisme », et rappelle que la France est dotée de l’arme nucléaire afin de dissuader toute menace d’origine étatique contre ses intérêts vitaux.

Le scénario décrit est précis : la France pourrait engager ses armées à l’extérieur de son territoire pour aider un pays ami attaqué. En représailles, l’adversaire pourrait mener chez nous des opérations hybrides, que le guide définit comme « des opérations non militaires visant à déstabiliser notre société et à perturber la continuité de la vie de la Nation ». La police, la gendarmerie et les armées, précise-t-il, assureront toujours la protection du pays et de la population.

La Revue nationale stratégique : un conflit en Europe, pas sur le sol hexagonal

La Revue nationale stratégique 2025, commandée par le président de la République et préparée par le SGDSN avec l’ensemble des ministères, est le texte de référence. Elle estime que nous entrons dans une période marquée par le risque « particulièrement élevé d’une guerre majeure de haute intensité en dehors du territoire national en Europe », qui impliquerait la France et ses alliés « à l’horizon 2030 », avec en même temps des actions hybrides massives visant notre territoire.

Le même document fait une distinction que l’on cite rarement : « La menace d’une guerre conventionnelle majeure sur le territoire national hexagonal n’est en revanche pas considérée comme crédible. » Autrement dit, le scénario retenu par l’État n’est pas une guerre conventionnelle sur le sol hexagonal, mais un engagement militaire en Europe, accompagné d’actions hybrides sur notre territoire.

Pour y faire face, la Revue mise sur la résilience de la Nation et sur l’implication des citoyens : « Tous les citoyens doivent pouvoir devenir acteurs de la cohésion nationale et de la résilience pour se protéger eux-mêmes, leurs proches et ainsi permettre une meilleure préparation de l’ensemble du pays. » C’est dans cette logique que s’inscrit le guide « Tous responsables ».

Les actions hybrides : ce que cela changerait chez vous

Concrètement, le guide liste les effets possibles d’une crise majeure, quelle qu’en soit la cause : panne de chauffage et d’électricité prolongée, difficultés pour conserver les aliments, approvisionnement difficile dans les magasins et les stations-service, panne des réseaux téléphoniques et internet, transports publics à l’arrêt, moyens de paiement en panne. Ce sont les mêmes situations qu’après une grosse tempête ou pendant une pénurie de carburant.

D’où le conseil central du guide : pouvoir tenir plusieurs jours chez soi, parce qu’en cas de crise majeure les secours « vont prioriser leurs interventions en fonction de la gravité des besoins ». Notre guide Kit d’urgence 72 h reprend la liste officielle, et ceux sur la coupure de courant et la pénurie de carburant détaillent les gestes de chaque situation.

Le guide insiste aussi sur l’information. Un adversaire, écrit-il, pourrait profiter d’une crise pour aggraver le désordre en manipulant l’information. Il propose quatre questions à se poser avant de croire ou de partager un message :

  • Qui a envoyé cette information ?
  • La source est-elle officielle ?
  • Cette information est-elle publiée dans un grand média national ?
  • Quel est le but de cette information ?

Vigipirate : un plan contre le terrorisme, pas un plan de guerre

Vigipirate relève du Premier ministre et associe l’État, les collectivités, les entreprises et les citoyens à la lutte contre le terrorisme. Son niveau ne dit donc rien d’un éventuel conflit armé : il traduit l’évaluation de la menace terroriste.

Le plan a été remanié et le nouveau dispositif a pris effet le 22 juin 2026. Il compte trois niveaux : « vigilance », actif en permanence ; « vigilance renforcée », le niveau intermédiaire, face à une menace terroriste majeure et durable ; « alerte attentat », le plus élevé, qui peut être activé pendant 12 jours renouvelables sur décision expresse du Premier ministre. Les affiches et logos ont été mis à jour en même temps.

Avec la posture « été - automne 2026 », applicable depuis le 22 juin 2026, l’ensemble du territoire est placé en « vigilance renforcée », avec une attention particulière sur les drones, les sites touristiques et lieux d’affluence pendant les vacances d’été et de Noël 2026, et les bâtiments publics. De janvier à juin 2026, sous l’ancien barème, le pays était au niveau « Urgence attentat ». Les préfectures consultées le 30 octobre 2026 n’indiquent pas de date de fin pour la posture actuelle.

Ce que le plan attend des particuliers est simple : rester attentif et signaler. Un comportement suspect se signale à la police ou à la gendarmerie, au 17. Si vous craignez qu’un proche se radicalise, le guide du SGDSN donne le 0 800 005 696, un numéro vert gratuit et anonyme. Et en cas d’attaque, il rappelle les consignes, selon les circonstances : s’échapper et aider les autres à s’échapper, sinon se cacher (s’enfermer, se barricader, mettre les portables en silencieux), puis alerter les secours.

Sirènes et FR-Alert : comment l’alerte arriverait

Le guide rappelle que la France compte plus de 5 000 sirènes, testées le premier mercredi de chaque mois. En cas d’alerte, elles émettent trois séquences d’une minute et 41 secondes, séparées par un silence de 5 secondes ; la fin de l’alerte est annoncée par un signal continu de 30 secondes. Si vous vous trouvez dans une zone exposée à un danger imminent, vous pouvez aussi recevoir sur votre téléphone une notification FR-Alert accompagnée d’un signal sonore.

Quand l’alerte sonne, le guide donne quelques règles : ne pas rester dans un véhicule, ne pas sortir ni quitter son abri sans consigne des autorités, éviter de téléphoner pour laisser les réseaux aux secours, et ne pas aller chercher ses enfants à l’école, où ils sont pris en charge par les équipes pédagogiques ou les secours. Pour suivre les consignes sans réseau, une radio à piles reste à nos yeux le plus simple : notre comparatif des radios d’urgence aide à en choisir une si vous n’en avez pas.

Service national et réserves : du volontariat

Le 27 novembre 2025, le président de la République a annoncé un service national « volontaire et purement militaire de dix mois », dont le démarrage était annoncé pour l’été 2026. D’après le ministère des Armées, il est ouvert aux Françaises et Français de 18 à 25 ans, sans aucun caractère obligatoire. Les missions ont lieu uniquement sur le territoire national, en métropole et outre-mer, sans départ en opération extérieure ni en zone de conflit. La candidature passe par un numéro dédié, le 09 70 84 51 51 (appel non surtaxé). Le président l’a dit lui-même : « Nous ne pouvons pas revenir au temps de la conscription. »

Pour celles et ceux qui veulent s’engager autrement, le guide cite les réserves, que Service-Public.fr présente comme ouvertes dès 17 ans : la réserve opérationnelle militaire, indemnisée, et la réserve citoyenne de défense et de sécurité, bénévole. Le guide renvoie aussi vers jeveuxaider.gouv.fr, qui recense des missions de bénévolat, et vers la formation aux gestes qui sauvent.

Ce qu’il faut faire chez soi, et ce qu’il est inutile d’acheter

Rien dans ces textes ne demande aux particuliers d’acheter un équipement particulier pour un conflit. Le guide du SGDSN demande la même chose quelle que soit la crise : un kit pour tenir 72 heures, avec 6 litres d’eau par personne en bouteilles, de la nourriture qui se conserve et se mange sans cuisson, une radio et une lampe à piles, une batterie externe, vos médicaments, des copies de vos papiers et de l’argent liquide. La plupart des foyers ont déjà une bonne partie de cette liste dans leurs placards.

Le reste ne s’achète pas : parler avec sa famille de ce que chacun ferait, repérer les voisins isolés qui pourraient avoir besoin d’aide, convenir d’un moyen de se joindre en privilégiant les messages, et apprendre les gestes qui sauvent. L’outil Composer mon kit 72 h calcule les quantités pour votre foyer, sans rien vous vendre de plus que la liste officielle.

Ce que disent les textes, en une phrase

L’État envisage un possible engagement militaire en Europe d’ici 2030 et des perturbations sur notre territoire, pas une guerre conventionnelle majeure sur le sol hexagonal. Ce qu’il demande aux particuliers, c’est de quoi tenir 72 heures chez soi et de s’informer par les canaux officiels.

Questions fréquentes

La France est-elle en guerre ?

Non. Aucun des textes officiels lus pour ce guide ne dit que la France est en guerre. La Revue nationale stratégique 2025 juge « particulièrement élevé » le risque d’une guerre majeure hors du territoire national, en Europe, à l’horizon 2030, et juge non crédible une guerre conventionnelle majeure sur le territoire hexagonal.

Le guide « Tous responsables » a-t-il été envoyé à tous les foyers ?

Les pages officielles consultées disent qu’il est « diffusé à l’échelle nationale et relayé par les ministères, les collectivités locales, les associations et les services déconcentrés ». Aucune ne parle d’un envoi postal à chaque foyer. Il se télécharge gratuitement sur le site du SGDSN.

Quel est le niveau Vigipirate en ce moment ?

D’après les préfectures consultées le 30 octobre 2026, l’ensemble du territoire est au niveau « vigilance renforcée » depuis le 22 juin 2026 : c’est le niveau intermédiaire du nouveau plan, qui en compte trois : vigilance, vigilance renforcée et alerte attentat. Vigipirate concerne le terrorisme, pas un conflit armé.

Le service national est-il obligatoire ?

Non. D’après le ministère des Armées, c’est un service militaire volontaire et sélectif de dix mois, ouvert de 18 à 25 ans, avec des missions uniquement sur le territoire national, sans départ en opération extérieure.

Faut-il acheter du matériel en prévision d’un conflit ?

Non. Le SGDSN demande la même préparation pour toutes les crises : un kit pour tenir 72 heures chez soi. Commencez par ce que vous avez déjà, et complétez seulement ce qui manque.

Un e-mail calme, seulement quand c’est utile

Listes de saison et baisses de prix sur le matériel. Pas de spam, désinscription en un clic.

Votre adresse sert uniquement à vous envoyer nos e-mails ; désinscription à tout moment. Confidentialité

À lire aussi